DEATH ROW : L’APOGÉE DU GANGSTA RAP


Au terme d’une vente aux enchères de près de sept heures, l’emblématique chaise électrique du bureau de Suge Knight est adjugée au dénommé Dale Fletcher, qui décidera de l’exposer dans la salle de réunion de son entreprise. Cet épisode trivial met fin à plus de 15 ans d’existence du label qui a fait la gloire du gangsta rap: Death Row Records. À l’occasion des 20 ans de la sortie d’All Eyez On Me, l’un des albums phares de son catalogue, on vous propose un petit retour en arrière sur l’incroyable histoire de cette entreprise. La naissance de Death Row n’est pas un épisode glorieux. Les méthodes de négociation de Suge Knight, le fondateur du label, étaient pour le moins intimidantes. Usant de sa « force » de persuasion sur le rappeur Vanilla Ice, à qui il réclamait au nom de Mario « Chocolate » Johnson des royalties pour son tube « Ice Ice Baby », il obtient les capitaux nécessaires au lancement de son business. Profitant ensuite de querelles au sein du groupe N.W.A., il convainc Dr. Dre de travailler pour lui et d’enregistrer un album, qui sera le premier sur Death Row Records. La genèse du label : Dr. Dre devient Directeur Artistique Chaise électrique à l’accueil, beats surpuissants à la technique de production inédite, voix particulières de Dre, Snoop ou 2Pac, relents de weed s’échappant du studio attenant et poignée de main énergique du patron, le terrifiant Suge Knight. Welcome to Death Row Records. En quelques semaines, celui qui a convaincu Jerry Heller de libérer Dr. Dre de ses obligations contractuelles et lui a offert la main-mise sur la direction artistique de son affaire, s’est bâti une fortune. À coups de flair artistique et aussi de crosse, il faut bien le reconnaître. Nous sommes en 1991, le gangsta rap est né et Dre a l’intuition que son talent n’est pas rémunéré à sa juste valeur chez Ruthless Records. Ça tombe bien, encouragé par le succès de N.W.A. et de morceaux comme « Fuck tha Police« , il sent que son style est porteur et ses audaces créatives rencontrent le succès. Il a un projet en tête, un truc un peu dingue, dans la continuité de ce qu’il a commencé avec N.W.A. et qu’il affine au fil des longues heures qu’il passe en studio : son premier album solo, son manifeste, The Chronic. Chez Death Row Records, l’environnement est propice à la création puisque derrière les tables de mixage, il est le seul maître à bord. La prise de risque ne lui fait pas peur, et surtout il a dans sa manche une nouvelle pépite, un rappeur au flow décapant, à la voix un peu nasillarde et dont les mots s’enroulent autour du beat. Comme Dre, il est du cru et même s’il sort à peine du lycée, il semble déjà avoir l’étoffe des grands et une belle expérience du Compton Way of Life : ladies, parties & weed. Dee Oh Double Gee Snoop Doggy Dogg est présent sur 11 des 16 morceaux de cet opus où l’on retrouve également d’autres membres de l’écurie Death Row parmi lesquels Lady of Rage, The D.O.C, Nate Dogg ou Kurupt. La famille du G-Funk est là. The Chronic est un tournant dans l’histoire du rap américain. Déjà parce que les morceaux s’inspirent clairement du funk californien avec ses cuivres saillants et ses basses plus profondes, ensuite parce qu’il consacre un courant musical et enfin, parce qu’il met sur orbite deux artistes (Dre et Snoop) qui écriront l’une des plus belles pages de l’histoire du rap. À seulement 21 ans, Snoop a lui-même écrit le premier couplet de « Ain’t Nothing But A G Thang », ce qui fera instantanément de lui une star. La chanson fait partie des (seulement) 11 chansons de rap à figurer au sein du Rock And Roll Hall Of Fame, parmi les 500 chansons ayant marqué l’Histoire.

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